L’aventure est sur le pas de votre porte

L’expédition tourne en queue de saumon

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Partir à l’assaut de la Loire, remonter le courant en imitant le cri du saumon, drôle d’aventure pour quelques nostalgiques de la glorieuse marine de Loire. Ils étaient à bord de plus de vingt-cinq fûtreaux et toues pour cette première journée d’une remontée qui devait les mener de Guilly jusqu’au barrage de la centrale de Dampierre.

C’est au petit matin que la troupe, encore pleine d’espérance et de motivation, s’était donné rendez-vous. Le soleil daignait éclairer la rivière après des jours de bouderie et d’un froid de canard. La chance avait tourné et la rivière allait y mettre du sien ; une vague de cinquante centimètres était annoncée pour le soir même. La hauteur de la Loire en effet peut varier ainsi de manière rapide en fonction des précipitations sur les Cévennes.

En attendant la montée des eaux, la première étape était celle de tous les risques ; trois seuils à franchir et deux champs de cailloux. Qui n’a jamais navigué sur ce fleuve que l’on dit sauvage, ne peut comprendre les chausse-trappes et les pièges qu’il recèle. La remontée ne peut se faire qu’à faible allure en scrutant chaque passage, en sondant sans cesse ce lit si variable.

Dès le départ, le peloton se disloque. Il y a immédiatement des éclaireurs qui filent bon train sans se soucier du reste du cortège. Il est vrai que le passage du barrage EDF doit se faire à la grue et que chacun redoute une longue attente. Même sur la Loire, les premiers seront les mieux servis, c’est du moins ainsi qu’ils avaient compris la chose …

Je me retrouve à bord dans le gros du peloton. Les échappés sont loin, nous ne les reverrons qu’au bout du périple, repus et enivrés quand d’autres seront encore à l’eau courante et à la galère. Qu’importe, le soleil brûle les peaux et réchauffe ceux qui se retrouvent dans l’eau à tirer leur embarcation d’un mauvais pas ou d’une passe incertaine.

Il y a bien vite des voies d’eau. Une toue se transforme en baquet. Ses passagers apprécient moyennement ce bain matinal. Ils écopent et nous volons à leur secours. La situation semble être maîtrisée, le frêle esquif reprend sa route. Quelques minutes plus tard, une nouvelle alerte ; le naufrage menace. Cette fois, il faut intervenir et une opération chirurgical est menés avec brio par notre charpentier de bord. Ce bateau repart, il n’en sera pas quitte pour d’autres émotions. Il y a des jours ….

Nous nous perdons bien vite de vue. C’est l’éparpillement le plus complet. Il y a des bordures dans notre convoi. Les uns prennent par une rive quand d’autres s’égarent sur l’autre. Malheureusement, sur la Loire, il n’y a bien souvent qu’une option et l’autre devient bien vite une impasse. Elle est alors fatale pour nos amis de « Bou d’Loire » qui cassent leur moteur.

La panne est irrémédiable. Le bateau se retrouve balloté. Il faut parvenir à le rapatrier au port par les moyens de fortune. La bourde, le courant et la patience. Pour cet équipage, le périple de quatre jours tourne court. Retour à la case départ et tentative de rapatriement automobile au terme de la première étape, la mort dans l’âme.

D’autres connaîtront des avanies identiques. Ils ont brisé leur moteur bien plus près de l’arrivée. La solution du retour en arrière est désormais trop délicate ; il faut attendre longtemps les secours, espérer la réparation au milieu de l’eau. Hélas pour moi, c’est le bateau-ravitaillement de mon écurie qui est en panne. L’attente sera longue et le jeûne redoutable !

Sur la ligne d’arrivée, les bateaux se succèdent. Il y a un éparpillement aussi considérable que lors d’une étape de montagne du Tour de France. Mais cette fois, les concurrents ne respectent même pas les conventions du genre ; une partie de la troupe marinière a déjà filé pour une demi-étape improvisée quand d’autres sont encore perdus au milieu de l’eau.

J’avoue ne pas trop goûter cette conception particulière de l’aventure partagée. Je rentre l’estomac dans les talons et la gorge sèche. Je n’ai nulle envie de faire un billet pour relater notre Bérézina de l’individualisme. Il n’y a pas de raison que la marine de Loire échappe à la grande tendance du moment. Je vois l’air contrit de l’organisateur, je comprends sa déception de n’avoir que peu convaincu ses troupes de jouer groupées.

Moi-même je la joue perso car je rentre au bercail. Demain, il y a cours. Pour une fois que ce sont les enseignants qui sont de la revue, il ne faut pas crier au scandale. Finalement les circonstances me rendent moins amer ce retour à la maison. Il me semble que le bel esprit de la première remontée du Saumon s’est perdu dans les errements de cette journée bien compliquée. Mais sans doute suis-je un idéaliste qui ne comprend plus son époque ….

Navigatoirement leur.

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
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