Dans mon coin.

Un petit lieu si tranquille …

Au fond du jardin

Voilà un endroit qu’on surveille du coin de l’œil. Il est si tranquille, si discret qu’on évite soigneusement de le perdre de vue. Au fond d’un bois ou bien dans la cuisine, il est reculé et si paisible. Le coin ne fait pas de bruit et d’ailleurs déteste l’écho qui le fait passer pour le cri du canard dans la mare.

Le coin s’enfonce petit à petit dans nos consciences. Il est encore porteur de l’infamie de notre enfance, quand le cancre perdait la face en se faisant tirer les oreilles. Paradoxalement il est devenu le symbole des bonnes affaires, des échanges qui sont frappés au coin du bon sens commercial.

Le coin file sa route et se joue alors de la géométrie comme de la géographie. Il s’offre des voyages au quatre coins d’un hexagone qui ne sait plus compter ou d’une sphère qui se découvre des aspérités. Il se perd en chemin jusqu’à ce que le pauvre voyageur finisse par s’offrir un petit coin de terre baigné par un coin de ciel bleu.

Le coin fait feu de tout bois. Il aime à écouter des histoires tout près de la cheminée quand le loup sort du bois. C’est au plus secret de sa mémoire qu’il se souvient d’un petit coin perdu tandis que le bûcheron reste dans son coin à ronger son frein. L’enfant qui sommeille en vous glisse un regard en coin à cet étrange diseur d’histoires qui veut arrondir les coins.

Pendant ce temps, vous avez laissé quelqu’un moisir dans son coin. C’est un bandit qui vous attendait au coin d’une rue borgne, d’un bosquet touffu. Il s’est caché dans un coin pour vous détrousser. Le chenapan se morfond là où il se trouve tandis que vous vous vous réchauffez au coin du feu et de ce récit anguleux.

Puisqu’il n’a pas réussi à vous attirer dans un coin, le détrousseur s’en va tourner au coin de la rue, chercher nouvelle aventure. De votre côté, vous avez tant à faire. Passer un petit coup de balai dans les coins, ça tombe bien : le conteur vient d’évoquer une histoire de sorcière. Vous époussetez coins et recoins tandis que du coin des lèvres, le beau parleur sort une nouvelle fable d’un coin de sa mémoire …

Pour le remercier, vous lui offrez une confiture de coing. Le garçon est peu regardant sur l’orthographe ; l’oral se moque comme d’une guigne de cette lettre supplémentaire qui vient se glisser dans le coin du mot. C’est maintenant le coin des gourmands, ça vous en bouche un coin. Le discoureur intarissable parle la bouche pleine, un sourire en coin. Il vous tient par son verbiage.

L’homme finit par s’arrêter. La nature s’impose à lui comme à chacun d’entre nous. Vous le voyez chercher du coin de l’œil cet endroit secret qu’on nomme par pudeur le petit coin. Vous l’envoyez au fond du jardin, en cette cabane que la modernité désigne désormais sous le vocable de toilette sèche.

Voilà qui en bouche un coin à celui qui voulait vider ses entrailles. Il se niche dans ce petit coin secret, intime et si discret. C’est encore le coin des livres et des revues. Il s’installe pour se retrouver bien vite en route vers de nouvelles aventures. Il retrouve le brigand au coin de la rue ; il lui offre un nouveau personnage, un génie qui attend son heure dans un coin, dans une lanterne magique ou bien au coin perdu.

Il invente une autre histoire, rêve dans ce petit coin où vous l’avez laissé. Vous vous inquiétez, il y a si longtemps qu’il s’y est enfermé . Vous le retrouvez là où il était parti, un sourire au coin de l’œil et l’ordinateur sur les genoux. Il écrit une histoire frappée du coin de la folie. À côté de lui, une petite lanterne, un falot dans lequel vous croyez deviner un petit personnage douteux. Décidément, il est grand temps pour vous de fuir ce petit coin insane.

Angulairement vôtre.

Après le pot, le coin ! Logique, non ?

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
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7 commentaires pour Dans mon coin.

  1. Petite marrante dit :

    Cher Cestnabum
    Je me régale de votre côté coin-coin (pardon c’est facile mais je ne résiste pas!).
    Bonne soirée.

  2. Dan Gazénia dit :

    Bonjour,
    Moi aussi j’allais te proposer : »un petit coin de Paradis  » de Brassens, que nous chantions avec mon « ex » dans les déserts du Moyen-Orient, et bien d’autres…Hier, j’étais en train de faire des livres virtuels sur la vie de mes proches, et la mienne, pour les laisser à mes petits enfants.
    J’ai cherché des synonymes, de « coins » dans mon jardin, où il y en a de nombreux, celui du rêve, de l’écriture, du farniente, celui des chagrins, celui de la peinture, celui du repas sous une tonnelle couverte de charmille sauvage…décorés de fleurs selon mes états d’âme…où les mésanges viennent me tenir compagnie, ainsi que mon chat, mon compagnon d’infortune.
    Et comme par hasard , tu déclines toutes les interprétations de ce petit mot, avec talent, adresse, et humour…je vais voir mes « petits coins » d’un autre regard dorénavant, merci.
    Amicalement
    Dan
    PS: En ce moment, il serait souhaitable de changer « ce petit coin de parapluie contre un coin de paradis », non?

    • cestnabum dit :

      Dan

      Mon paradis c’est la scène désormais

      Spectacle hier soir et encore un ce soir
      Que du bonheur ….

      Les gens écoutent mes chansons parce qu’elles sont chantées et jouées par d’autres et aiment mes histoires et mes pitreries.

      Alors, je ne sors pas le parapluie pour dissimuler mon plaisir

  3. fatizo dit :

    Bon week-end CNabum

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