Le délire du numérique à l’école

Le temps ne fait rien à l’affaire.

ecole-numerique

Je sors d’une formation à la baladodiffusion qui me laisse pantois. Ainsi donc, nos chers responsables s’apprêtent à nous demander de consacrer nos jours et nos nuits à préparer des cours de plus en plus sophistiqués avec les moyens nécessairement modernes pour satisfaire aux exigences d’une jeunesse exclusivement branchée ! Et pour ceux qui auront encore un peu de temps, il leur faudra encore communiquer par mails ou par d’autres moyens tout autant virtuels afin de poursuivre l’imprégnation de nos chères têtes blondes.

Je vais tenter d’expliquer la chose aux quidams qui pensent encore qu’enseigner c’est établir une relation frontale et néanmoins bienveillante entre un groupe d’élèves et un adulte. Tout cela va disparaître au profit d’une panoplie de plus en plus délirante de suggestions alternatives, modernes forcément, virtuelles nécessairement et numériques par essence divine.

Le stage en question voulait nous inciter à munir nos chers élèves de MP3 à des fins didactiques. Ils vont sourire sans doute devant cette manipulation grossière qui ferait passer leur merveilleuses boîtes à musique pour des répétiteurs portables. Le cours enregistré, pourquoi pas ? Il est vrai que l’écoute est désormais si fragile qu’une bonne bande son nourrira un peu plus les ânes inattentifs !

Mais il faut aller plus loin et naturellement individualiser le message, l’adapter au niveau de chacun, le modifier en fonction des compétences langagières des uns et des autres. Accélérer le débit pour celui-ci, ralentir le rythme et laisser des blancs pour cet autre. Une bonne trentaine de messages différents, enregistrés par un moine de l’enseignement qui établira sa cellule dans son collège afin de pouvoir mener à terme cette tâche démentielle …

Mais non, je suis stupide ! au collège, ce n’est guère possible puisque le matériel y est obsolète ou bien en panne, que les moyens ne permettent pas de réaliser de telles prouesses et que les connexions y sont si lentes, qu’il ne pourrait jamais remplir son apostolat. Non, c’est chez lui que ce missionnaire de la cause perdue devra effectuer cet immense travail et qui plus est, avec son propre matériel.

C’est d’ailleurs par souci de réciprocité qu’il sera demandé aux élèves eux-mêmes de s’acheter le nécessaire à cette folle entreprise. Remarque au passage : si l’envie lui manque de travailler par lui-même, le cher élève mettra alors des bâtons dans les roues du stakhanoviste de la cause pédagogique en oubliant le précieux matériel, ce qui anéantira tous ses efforts …

Puis, s’il reste encore un peu de temps et d’énergie à ce dément du travail volontaire, il lui faudra effectuer quelques montages vidéos pour agrémenter ses cours d’images chocs ou révélatrices, d’extraits de films ou de publicité pour coller toujours davantage à la modernité : la seule référence qui compte désormais dans ce métier aux prises avec une extraordinaire mutation.

Le courageux enseignant, totalement pris par sa tâche, n’aura pas remarqué le départ de son épouse, excédée de le voir ainsi travailler comme un damné pour des queues de cerise et le mépris de la population. Il se consolera de cette cruelle absence en se lançant dans une veille permanente afin de répondre aux mails de ses élèves, de corriger les travaux numériques envoyés par la toile, cette immense piège gluant.

Voici, c’est ainsi que se rêve ou se prépare le futur métier de professeur. Un être, attaché jour et nuit à son ordinateur pour préparer, corriger, moduler, évaluer, organiser des cours, des exercices, des animations tout en n’oubliant pas de se rendre parfois en classe afin de se rendre compte que tous ses efforts sont de peu d’utilité.

Il pourra se remettre de ses émotions ou de ses déceptions quand il fera quelques séjours derrière les barreaux. Car, naturellement tout ce travail numérique se fait à la lisère de la légalité. Les défenseurs du droit d’auteur lui tomberont dessus et la grande administration de l’ Éducation Nationale fera alors la sourde oreille si le malheureux sollicite son aide ou sa caution. Le papier n’aura plus sa place dans la future école. L’image et le son vont prendre la suite. Ce métier qui n’était pas facile va basculer dans une surenchère folle et démesurée.

Des esprits malintentionnés pourraient croire que c’est à l’ Education Nationale de mettre à disposition de ses enseignants des ressources numériques adaptées afin de leur faciliter la tâche et leur permettre de se concentrer sur l’essentiel : la relation à l’élève et au savoir à transmettre. Ce serait effectivement une proposition judicieuse si cette grande administration n’était si affairée à la rédaction de directives, notes, programmes, contre-programmes, enquêtes et lettres de recadrage ! Se concentrer sur l’essentiel, c’est cela à ses yeux , tout le reste est à laisser aux tâcherons de base.

Numériquement leur. 

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Bonimenteur de Loire
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