Je ne suis pas du nombre

Qu’on brûle cet hérétique.

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Orléans et Jeanne d’Arc ! Au-delà de cette incroyable permanence d’une adoration sans borne, se joue une pantomime officielle qui ne cesse de me laisser totalement indifférent et souvent circonspect. Je me place ainsi, j’en suis conscient, en marge d’une communauté orléanaise qui considère absolument nécessaire d’ avoir participé, au moins une fois dans sa vie, à cette parade pseudo-historique, pour mériter pleinement le titre d’habitant de la cité.

Est-ce parce que je ne suis pas né dans la ville que je ne peux partager la ferveur de mes voisins ? Est-ce parce que je ne peux croire en la thèse officielle d’une héroïne qui transcende les valeurs, qui fédère toutes les composantes de la société, qui dépasse le cadre de l’histoire pour entrer de plain-pied dans la légende dorée ? Je ne sais ; mais même si je m’intéresse au phénomène, si je me passionne pour ce qu’on peut savoir de l’histoire réelle, je reste de marbre devant le défilé de pacotille qui réunit une foule en liesse et des notables en parade.

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Je pense même qu’il y a dans le rejet viscéral de cette farce politico-religieuse, des motifs de m’exclure moi-même de la vie collective d’une cité qui s’est donnée, corps et âme, à une célébration rituelle dévote et absurde. Je ne peux prétendre être d’Orléans si je ne consens pas à la liturgie annuelle : ce grand défilé qui réunit dans une union factice, les pouvoirs civils, militaires et religieux sous les yeux ébahis d’une populace rabaissée au rang de simple comparse.

Il est de coutume d’affirmer que le 8 mai, la moitié de la ville, la plèbe, la foule des anonymes, regarde émerveillée, défiler l’autre moitié : celle qui a l’infime honneur de suivre les pas de l’illustre Pucelle (ou du moins de celle qui en tient lieu). La ville est pavoisée, les oriflammes volent au vent dans une cathédrale, sans mémoire ni morale, où le clergé local arbore fièrement le blason de l’odieux Gilles de Rais. Le maire donne la main à l’évêque et la laïcité est renvoyée aux enfers d’une libre pensée, si peu à sa place ici.

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Les discours tenus ce jour-là sont à la hauteur des intentions initiales. C’est d’une platitude consternante : on véhicule tout ce qui peut se faire de plus moralisateur et édifiant. La France éternelle, le courage, l’abnégation, le sacrifice, la foi et tout le saint-frusquin de la bonne conscience du petit notable de province et de la Réaction en pleine gloire, sont mis en avant par des invités qui ne doivent pas penser un traître mot des truismes qu’ils débitent pour la circonstance.

Et le bon peuple de s’extasier devant la magnificence de celle qui joue la Pucelle, jeune fille de très bonne famille, d’admirer les chevaux et les pages, toute cette cavalerie médiévale qui d’année en année se réitère à l’identique. Répétition confortable qui ne provoque ni surprise ni réflexion ; on se rassure avec l’immuable cortège dans un conservatisme de bon aloi.

Puis arrivent les notabilités. Le conseil municipal, les corps constitués, les associations enturbannées, l’armée disciplinée, le clergé en dévotion. Vaste conglomérat d’une France catholique de l’ancien régime qui rêve de retrouver son lustre et sans doute le pouvoir, en suivant les traces de la glorieuse figure céleste. La foule est respectueuse, le peuple se prosterne devant le bon prince et ses fidèles. Curieuse célébration religieuse qui perdure sous les dorures de la République !

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La tradition est ici chose sacrée, la dévotion est de rigueur. C’est ainsi qu’on appartient à cette communauté ou que l’on s’en écarte de manière définitive. Il ne peut y avoir de position intermédiaire. La fête, puisqu’il apparaît que c’est ainsi qu’on désigne une procession qui est tout sauf un grand moment joyeux, la fête scande les années et renouvelle ainsi le pacte qui unit la ville au mystère.

Plus les années passent et plus je vis comme un calvaire cette semaine sainte. Je devine l’exaltation de quelques amis sans la comprendre, sans pouvoir même y trouver un début d’explication. Pire encore, il me semble qu’ils se sont figés dans une foi qui s’émancipe totalement de la vraie histoire, de laquelle ils semblent s’exonérer. Je regarde incrédule, je deviens hérétique en ma cité. Je devine le bûcher qui m’est promis …

Car on peut ne pas adhérer à cette farce, on peut fuir pour ne pas être du nombre des fidèles, on peut se terrer mais surtout, il ne faut pas porter une autre parole. C’est une hérésie absolue, le pire des péchés qui vous vaudra l’anathème et l’excommunication, la peine capitale et la réprobation unanime des fous de la Pucelle, cette secte en extase le 8 mai qui vit au point septentrional de la Loire.

Que Saint Michel me pardonne ces acouphènes qui me démangent . Ce sont eux qui viennent de me faire écrire de telles sornettes. Que Sainte Jehanne soit clémente avec moi, elle qui mit pourtant près de cinq siècles avant de pénétrer dans le panthéon de la Sainte Mère l’Eglise apostolique ! Elle aurait dû se faire Pape pour que la chose soit plus rapide. Que le bon Prince ferme les yeux sur des propos qui confirment qu’il n’y a rien à espérer d’un tel apostat ! Qu’il déclenche au plus vite le feu purificateur pour débarrasser la ville de ce mécréant iconoclaste !

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Johanniquement leur.

 

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Bonimenteur de Loire
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