Tout est permis

L’auto écorne nos certitudes.

Tout est permis

Coline Serreau se lance dans un stage de sensibilisation à la sécurité routière. C’est nos certitudes qui perdent des points devant cet étalage de mauvaise foi, de comportements iniques et d’idées toutes faites. Ce documentaire a le grand mérite de nous émouvoir, de nous faire rire, d’énerver et de faire vaciller quelques représentations simplistes que nous avons tous en la matière.

Pour un Orléanais, c’est d’autant plus drôle que la réalisatrice porte le nom d’une grosse auto-école locale avec piste et grande écurie. Nous avons l’impression d’évoluer en territoire de connaissance et pourtant ce qui se déroule sous nos yeux n’est pas banal et finit même par être carrément affligeant.

Nous voyons une galerie d’irréductibles chauffards, d’excités de la pédale de vitesse, de champions de l’infraction et de l’incivilité routière. Ils sont pour la plupart parfaitement haïssables, bardés qu’ils sont de certitudes sur leur capacité à être, en toutes circonstances, infaillibles et au-dessus des lois.

Nous rions de voir s’étaler ainsi bien des turpitudes que chacun de nous peut parfois déplorer pour son propre compte. Mais en l’occurrence , cela relève de la collection, de la gourmandise indigeste. Cette bourgeoise vulgaire et prétentieuse, avec sa Porsche et sa Ferrari mérite des claques. Ce gros C… raciste et machiste pue l’idéologie extrême et le mépris des autres. Ce pseudo-intellectuel d’alcôve est insupportable de pédantisme. Certes, il est préférable de ne pas croiser ces gens-là dans la rue !

Ils étalent leur palmarès avec un cynisme et une morgue qui amusent avant de finir par exaspérer. Ils sont la mauvaise part de nos routes : ces abrutis qui se croient tout permis et qui régulièrement iront acheter des points supplémentaires parce qu’ils ont de l’argent. En contrepoint, Coline Serreau nous propose des interventions qui pointent du doigt, chiffres à l’appui, la vacuité de leurs discours, l’effroyable réalité de la tuerie routière.

Puis surgit un avocat marron, un pur ergoteur, un procédurier abject qui met son talent et sa mauvaise foi au service des plus incivils de nos concitoyens. Il joue de l’argument avec délectation, balance des mensonges, dérape allègrement sur des théories de margoulin. Il porte sur lui sa capacité à faire le mal. On en viendrait presque à lui souhaiter un jour de croiser la trajectoire de l’un de ses chers clients ….

En filigrane de cette mascarade nationale, apparaît bientôt le rôle des lobbies et la lâcheté des politiques. Éternelle valse à deux temps entre nos législateurs et les puissances obscures du mal. Les victimes de la route apparaissent de plus en plus comme la contrepartie d’un commerce qu’il ne faut pas mettre en cause. On ferme les yeux pour mieux engraisser les marchands de mort.

Le film bascule alors dans le pathos. Les accidentés avouent leur misérable existence, décrivent ce basculement qui n’a demandé que deux ou trois secondes d’inattention. Toute une vie s’effondre pour une cassette que l’on active, un coup de téléphone ou quelques verres de trop. Les larmes viennent aux yeux des spectateurs, les rires cessent jusqu’à ce que les rois du champignon reprennent la parole.

Cette fois, ils ne nous font plus rire, ces clowns pathétiques, ces frustrés qui cherchent dans leur habitacle cette confiance et cette reconnaissance qu’ils n’ont pas dans la vie quotidienne ! Ils seraient dérisoires s’il n’y avait pas des innocents pour se heurter de plein fouet, un jour, à leur folie meurtrière.

La ronde continue, la mauvaise conscience de notre nation se noie alors dans un flot de pinard et d’alcool fort. C’est pire encore. On comprend que les alcooliers mènent le bal, que la danse macabre se heurtera toujours à leur influence, à leurs combines et à leurs puissants obligés. Les allées du pouvoir font la part belle à ces marchands de mort. Il n’est pas venu le jour où l’alcool sera totalement prohibé au volant en France.

Le documentaire s’achève ; les spectateurs un peu groggy par cette aventure, n’en sortent pas indemnes. Ceux qui prennent le volant conduiront différemment. Coline Serreau a réalisé là une œuvre de salubrité publique, un document qui devrait être diffusé dans toutes les auto-écoles et dans les lycées. Mais il est peu probable que cela se passe ainsi. Des intérêts puissants sont en jeu ; il faut que, durant de longues années encore, la déesse automobile dispose de son lot d’offrandes humaines. Circulez, il n’y a rien à voir ! Mais si vous voulez savoir, courez vite regarder « Tout est permis ! ».

Prudemment leur.

 

 

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
Cet article a été publié dans C'est politique, Et si la vie..., L'écologie en râlant, Plumes de vies..., Quelques lettres. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Tout est permis

  1. fatizo dit :

    Malheureusement ce sont les lobbies qui dominent dans ce pays .
    .
    Bon WE CNabum

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