Pour ne rien dire …

L’art de la dilution

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Je n’ai rien à vous dire et je dois vous le faire savoir. Meubler la conversation est déjà une rude épreuve mais habiller un récit semble être bien plus compliqué encore. Aller jusqu’au bas de la page, griser cet espace libre, installer des banalités qui maintiennent, un tant soit peu, l’attention d’un lecteur en mal d’insignifiance. Voilà le défi auquel je m’attelle pour combler le vide d’une pensée prisonnière d’un long trajet automobile.

Méfiance donc avant d’aller plus avant dans ce « dévidement » temporel ; si le mieux est l’ennemi du bien, de quoi le rien est-il l’adversaire ? Du grand tout sans doute, celui qui transcende notre modeste condition humaine, qui nous renvoie à notre indécrottable vacuité. C’est justement à elle que je dois cette lente litanie, ce discours insipide qui pourrait être recyclé par le premier politicien venu

N’avoir rien à dire et le faire savoir à grand fracas est un art qui doit s’enseigner dans les grandes écoles, les pouponnières à ministres ou chefs de cabinet. Plus nous évoluons dans les hautes sphères de l’état et plus ce tour de main relève de la virtuosité. On devine ainsi une parenté entre les maîtres du pouvoir et les coiffeurs de nos salons. Les uns coupent les cheveux en quatre quand les autres se contentent de le faire vraiment mais à l’oral …

N’avoir rien à dire ne serait rien si je ne m’aventurais à l’exprimer de long en large au fil de cet exposé en apesanteur qui ne subit aucune force de gravité sans pour autant s’accorder la plus petite légèreté. Il flotte dans un vide intersidérant qui laisse la lecteur pantois et votre serviteur sans ressources. Je délaie, je déblatère, j’ergote et je ratiocine dans le seul but de faire couler l’encre. Un travail à la chaîne sans doute pour accoster sur les rives de l’insignifiance !

De ce rien il vous faudra faire votre miel, poursuivre ce pensum, entrer dans cette épreuve que vous et moi, nous nous imposons mutuellement. Vous vous interrogez, cher lecteur, confronté que vous êtes à une gageure : « jusqu’où serai-je disposé à le suivre pour aller nulle part ? » vous demandez-vous alors. Dans le même temps, je m’inquiète également de la direction à prendre pour poursuivre ce voyage sans but.

Nous voilà bien en phase en cet instant. Avec la venue de ce petit rien qui nous réconforte et nous permet de poursuivre un peu plus l’expérience. Nous avons un point commun, totalement immatériel, sans fondement et sans existence réelle. Un espace géométrique parfaitement virtuel sans épaisseur ni utilité. Le futile par excellence, la contraction de la patience et du temps !

Je vous sens épuisé et pourtant, vous n’êtes pas au bout de votre peine. Le sablier n’est pas encore vide ; il vous faut poursuivre cette lecture. Vous vous ensablez, aspiré par ce sable mouvant mais nullement émouvant. Le rien ne suppose pas l’émotion, vous en voilà averti !

Peut-on rebondir ? Trouver un tant soit peu de vigueur dans cette prose sans contenu, dans ce contenant sans justification ? C’est peu probable ! Le rien n’est que trop certain. Il ne permet ni surprise, ni chute. Voilà pourtant une révélation qui devrait surprendre les amateurs de logique. La chute dans le vide serait donc impossible !

Newton se réjouit. Il avait donc raison. Il n’y a certes pas de quoi grimper aux arbres pour s’en assurer par l’expérience. Vous avez cependant été bonne pomme pour me suivre jusque-là. Vous méritez éloges et remerciements. Comme ça, pour rien, pour la gloire et le plaisir d’aller au bout de ce rien qui vous était promis dès le départ. Je n’ai, hélas, pas même une poignée de queues de cerises pour vous récompenser.

Rien dans les mains, rien dans les poches, rien dans la tête. On ne pourra critiquer le manque de logique et de cohérence de l’exercice. C’est désormais l’heure du bilan, l’instant tant attendu de l’épilogue. Comment achever la chose ? Le point final lui donnerait, il me semble, trop de solennité. Les points d’interrogation ou d’exclamation lui conféreraient trop de dignité.

Je ne vois que le dernier qui lui convienne. Il vous laissera en plan, vous abandonnant au milieu de cette route sans issue. Sans voix non plus ! Il est temps de prendre la fuite, de vous laisser là où je vous ai trouvé au début de cette farce. Il est grand temps de prendre un crochet et de vous surprendre par ce rien en suspension ….

Vacuitement mien.

https://www.youtube.com/watch?v=Td4pqnCCo0M&feature=kp

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
Cet article a été publié dans Agissons l'internet, C'est politique, Plumes de vies..., Questions de société ?, Traques d'arts, Un peu de rêverie.... Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Pour ne rien dire …

  1. fatizo dit :

    Vous n’avez rien à dire, mais qu’est-ce que vous le faites bien !
    Bonne soirée CNabum

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