La mariée sans tête

Fable Pascale

Le fantôme de nos rives

 

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Il était une jeune fille charmante. Comment pourrait-il en être autrement ? Elle aimait un jeune homme de son âge. Rien de plus naturel en somme. L’éternelle histoire des sentiments qui naissent et qui se développent, qui trouvent leur épanouissement dans une union que chacun des deux espère de toute son âme, souhaite de tout son cœur, réclame de tout son corps.

Il en était ainsi en cette époque lointaine où les demoiselles devaient le rester jusqu’à ce jour du mariage espéré et redouté tout à la fois, tant le poids d’une morale pudibonde pesait de tout son poids sur les élans des jeunes gens. Mais nous ne pouvons juger avec nos regards contemporains ; les temps étaient différents et les valeurs n’étaient pas celles de nos jours.

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La jeune fille comptait les jours qui la séparaient de cette union tant attendue. Elle s’en faisait une fête : une fièvre d’une incroyable intensité la rendait dolente et toute tendue vers cette attente interminable. Son galant était dans les mêmes dispositions. Leurs nuits étaient agitées de rêves confus, de tremblement intimes et d’espoirs fous. Mais lui avait son métier qui lui occupait le corps, à défaut de l’esprit.

Il était marinier. Un simple compagnon, un humble coéquipier qui se mettait au service d’un voiturier par eau. Un brave ouvrier sans fortune ni espoir de l’acquérir un jour. Son seul trésor, ce qui lui donnait force et espérance c’était son amoureuse, sa belle qui bientôt allait devenir sa femme. Mais avant ce moment tant attendu, il y avait ce dernier voyage, celui qui allait le conduire à ce jour qu’il espérait le plus au monde ….

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Il devait participer à un convoi ordinaire, un voyage maintes fois réalisé qui devait le conduire de Nevers jusqu’à Paris en passant par le canal latéral, Mantelot et le canal de Briare. Son bateau livrait de la faïence en la capitale, une ville toujours plus grande, toujours plus gourmande de marchandises.

La seule difficulté de ce voyage tranquille c’était le franchissement de la Loire. Ce saut dans l’inconnu pour qui voyage sur les canaux. Le pont canal de Briare n’existait pas encore. On en parlait beaucoup déjà de ce projet fou et ambitieux, mais qui donc serait assez audacieux pour se lancer dans l’aventure ?

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En attendant, il fallait prendre l’écluse, se retrouver sur la rivière coléreuse et violente. La dominer pour la traverser et retrouver la douceur du canal de l’autre côté. C’était un moment périlleux, un passage redoutable qui chaque année laissait son lot de pleurs et de douleurs. Malheur à qui manquait la manœuvre, tombait à l’eau ou se prenait les pieds dans la chaîne ! Bien peu étaient ceux qui réchappaient à la catastrophe quand elle survenait.

C’est précisément là que prit fin le rêve de nos deux tourtereaux. Le mariage était prévu pour la fin de la semaine et jamais notre jeune marinier ne verrait ce samedi tant espéré. Il passa par-dessus bord ; une étourderie, une maladresse, on ne le saurait jamais. Il coula de suite, emporté par un courant violent et impétueux.

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Quand il fallut annoncer la nouvelle à la fiancée, personne ne se sentait le courage de lui dire la tragédie. Celui qui fut désigné se rappela toute sa vie, les cris et les larmes, les hurlements puis la crise irréfrénable qui s’en suivit. La jeune fille fut prise de convulsions, elle perdit en cet instant précis la tête. Elle n’était plus maîtresse de ses agissements.

Dire qu’elle devint folle est en -dessous encore de ce qui se passa vraiment. Ce fut une abomination, un séisme personnel. La pauvrette ne se dominait plus. Elle courait en tous sens, s’arrachait les cheveux, se griffait, se mordait au sang. Elle perdit tout contrôle et bientôt toute apparence humaine.

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Elle se réfugia chez elle, se vêtit de sa robe de mariée, une robe simple qu’elle avait si longuement et si patiemment réalisée dans l’attente fébrile de ce jour qui ne viendrait jamais. Elle traversa ce village ligérien et se perdit dans les eaux de la Loire. Ce que la destinée lui avait refusé, la mort allait le célébrer. La mariée sombra à son tour dans les flots pour ne plus jamais réapparaître.

Voilà. Ainsi prit fin un récit qui aurait dû être une belle histoire d’amour. Chacun pleura l’un ou l’autre et beaucoup plaignirent ces deux presque enfants. Puis la vie reprit son cours ; on oublia au fil du temps ce jour tragique, ces noces d’eau qui unirent les deux amoureux.

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Puis, les années passant, il circula sur la rivière une étrange rumeur. Bien des marins, des promeneurs, des pêcheurs ou des gens des rives prétendirent avoir aperçu une mariée qui errait sur la Loire. Les uns la décrivaient toute vêtue de blanc, d’autres affirmaient qu’elle était tout en noir et certains prétendaient encore de manière plus surprenante que la mariée était en rouge.

Mais tous s’accordait sur un point : elle n’avait plus de tête. C’est un fantôme qui hantait les îles et les bancs de sable. Ceux qui l’avaient vue en gardaient un souvenir impérissable, un curieux mélange d’effroi et de respect. Le spectre n’était ni agressif ni méchant. Il laissait entendre une plainte mélodieuse, un chant que personne ne pouvait oublier.

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Puis le temps passa, la légende se perdit dans les limbes des mémoires qui s’estompent. Plus personne ne se souvenait des mariés de la Loire jusqu’au jour récent où la mariée sans tête refit son apparition. Que les incrédules et les sceptiques se rassurent : je ne vous demande pas de me croire sur parole ! Cette fois, la technique fit son œuvre et des clichés attestent l’existence de cette histoire. Regardez et cessez de me prendre pour un menteur …

Maritalement leur.

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Avec les réalisations des plasticiens d’Orléans :

Pascal Nottin

www.boutdezinc.com

&

Lydie Belde Moret

http://lydiebelde.wix.com/plasticienne

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Bonimenteur de Loire
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