Coupez !

Ainsi donc …

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Ainsi donc, notre nouveau premier ministre, ce personnage si important, vient de prendre, sur recommandation de François le second, une première décision enfin porteuse d’espoir, du moins le pensent-ils, lui et son maître ! Il interdit désormais la présence des téléphones portables lors du conseil des ministres. Nos chers responsables devront laisser à la porte ce mouchard insupportable, ce jouet pour adulte, ce maudit marqueur de l’indélicatesse et de la dispersion.

Nous sommes ravis de découvrir qu’il y a enfin en ce pays un espace qui échappera à la tyrannie de l’appareil à puce, un lieu où discuter redeviendra possible, un sanctuaire pour la raison et les bonnes manières. Hélas, la mesure ne s’étendra pas aux établissements scolaires qui ont été abandonnés à la folie dévorante du consumérisme téléphonique !

Mais en creux, cette information recèle de bien navrantes révélations. Si le nouveau père fouettard du conseil des ministres a exigé pareille mesure, c’est que nos si onéreux dépositaires de portefeuilles , à l’instar de nos adolescents immatures, étaient totalement obnubilés par ce merveilleux gadget de la vacuité. Lors des débats, des discussions hautement importantes, il se trouvait des cancres pour tapoter des messages à leur petite amie, des étourdies pour rappeler à leur bras droit d’acheter du pain et des conspirateurs pour informer la presse de ce qui se tramait dans le soi-disant secret du pouvoir.

Nous découvrons, consternés et incrédules, le peu de cas que font de la fonction qu’ils sont censés exercer, ces si dignes personnages . Nous nous désespérons de l’intelligence collective d’une nation qui place à sa tête, des excités du clavier, des délateurs zélés et des gens futiles, incapables de la moindre concentration. Quel exemple pour le reste de la population !

Puis, à bien y réfléchir, cette nouvelle ne fait que confirmer l’état de délabrement de notre société qui a transformé tous ses membres-ou presque-en virtuoses de l’agitation digitale. L’index et le majeur ( ce dernier si mal nommé en la circonstance) ont supplanté le cerveau, y compris dans les allées du pouvoir ; il ne faut s’étonner de rien désormais !

Tandis que je poursuis l’analyse d’un phénomène aussi lamentable que dérisoire, il me revient en mémoire ce président agité qui envoyait des SMS alors qu’il était reçu par sa sainteté le pape. Plus rien n’étant sacré, c’est donc le petit boîtier maléfique qui a pris le pouvoir. La force de l’exemple présidentiel a fait école-si j’ose cette expression- pour un être si peu enclin à respecter l’institution scolaire et dès lors, députés et ministres, secrétaires d’état et hauts fonctionnaires, chefs de cabinet et huissiers se lancèrent dans la frappe intempestive. Les malotrus étaient dans la place ! Seuls les gardes mobiles, sabre au clair, ne pouvaient jouer du clavier …

Maintenant, nous pouvons nous attendre à que tout change ; à ce que le petit colifichet pour adultes inconséquents et immatures retourne à sa place : celle d’un simple outil occasionnel et non d’un compagnon de chaque instant pour les grands de ce monde. Cette décontamination prendra peut-être de l’ampleur dans les réunions, sur le lieu de travail, dans les écoles ; aussi, si le miracle a lieu, le maudit instrument au service de la dispersion des esprits va-t-il cesser de corrompre les forces laborieuses et la rentabilité des employés.

Monsieur Valls, malgré toutes les réticences que j’éprouve à son égard, le peu de confiance qu’il m’inspire aura alors apporté une pierre considérable au redressement national. Les quelques jours à venir serviront véritablement de révélateur pour sa capacité à inverser le naufrage de notre société, dite de la communication.

Le portable est pour moi le paradigme de notre folie actuelle. Il a bouleversé nos relations, brisé notre faculté d’aller vers l’autre et de l’écouter ; il a transformé notre rapport au temps et à l’espace, faisant de son utilisateur une abeille butineuse, incapable de rester en place, de fixer son attention sur un moment unique. La mesure gouvernementale devrait faire tache d’huile, si ce monde cessait d’être aliéné à ce calamiteux brimborion. Mais ceci est un vœu pieu.

N’ayez crainte : il ne se passera rien. Nos chers ministres sont avant tout des gens soucieux de la santé des opérateurs téléphoniques. Ils ne prendront jamais d’autres mesures coercitives en la matière. Le commerce est bien plus sacré que l’équilibre mental de notre jeunesse, la dignité des adultes au travail ou la santé de tous. Il faut laisser faire ! Si je peux oser cette formule : le redressement national passe par notre asservissement.

Téléphoniquement leur.

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Bonimenteur de Loire
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