Génération DSK

Peut-on en être fiers ?

Interdit12018

Je sais que les jeunes que je fréquente dans le cadre de mon travail ne constituent pas la norme et qu’ils sont, d’une certaine manière, une exception parfois déplorable. Cependant, j’ai le sentiment qu’ils amplifient à l’extrême des évolutions profondes ; qu’ils sont plus que les autres, pour bien des raisons liées à leur parcours, leurs difficultés et leurs niveau scolaire, plus à même de révéler les tendances lourdes d’une société à la dérive.

Ils ne disposent pas de pare-feux assez solides contre ces dérives dont nous sommes collectivement responsables pour les avoir laissées s’installer au nom d’une liberté exacerbée, d’un refus des limites et des principes. L’anarchie des comportements ne peut que bénéficier à ceux qui sont les plus armés ; la liberté absolue est de nature à perdre les plus fragiles.

En l’espace de quelques jours, des informations, des bruits, des faits se sont accumulés autour de quelques-uns de nos élèves (heureusement ils sont moins d’une dizaine mais bien assez pour que les coïncidences ne soient plus anodines). Tout a commencé avec cette jeune fille dont j’avais déjà évoqué l’hypersexualisation des propos. À plusieurs reprises, la jeune fille a fugué, découchant de chez elle pour passer ses nuits de manière bien mystérieuse.

Bien vite, des propos alarmants se sont répandus. Des camarades auraient vu un film la mettant en scène lors de ce qu’on pourrait, semble-t-il, qualifier de « tournante ». Comment accéder à la vérité, que parvenir à savoir d’elle tant elle a banalisé son rapport au sexe ? Elle a grandi avec un langage excrémentiel ; il se peut qu’elle ait vu également ces images scabreuses désormais si facilement accessibles . Je suis certain qu’elle trouve tout à fait normal de se livrer à pareilles pratiques.

Mais elle n’est pas seule. Deux de ses camarades, garçons de cinquième, devront rendre compte devant la justice d’une accusation de fellation forcée. Nous n’en savons pas davantage : le secret est la règle en cette lamentable circonstance. Cela pourrait être normal si nous n’avions subodoré que l’accusatrice, ou bien la victime, n’était une coreligionnaire de ces deux garçons en perdition. Car, voyez vous, non seulement ils n’ont pas honte mais je peux même vous certifier qu’ils sont assez fiers de revendiquer ce crime supposé.

Au niveau suivant, en quatrième, deux garçons ont eu des gestes ou des propos parfaitement déplacés vis-à-vis d’une collègue. Le premier, lors d’un débat de société, a mimé de manière particulièrement explicite un viol en bande. Ses camarades et l’enseignante en furent choqués tant les gestes étaient d’une incroyable férocité. Quelque temps plus tard, un second lascar a dit à cette même enseignante qu’elle allait devoir se mettre son sperme dans son c…. Propos sans nuance ni justification qui lui vaudront une semaine d’exclusion …

Pour pimenter le climat malsain de cette charmante classe, deux jeunes filles ont mis en garde les adultes sur le comportement de l’une de leurs camarades. Elles affirmaient que celle-ci se donnait à un camarade (le mime du viol) dans une cave. Il est vrai que ces deux élèves manquent régulièrement des demi-journées de cours. Elles allèrent jusqu’à répéter leurs craintes au directeur et à l’infirmière.

Quand la jeune fille mise en cause eut vent de la rumeur, elle fit un scandale, jurant ses grands dieux qu’il n’en était rien, que ses camarades voulaient la salir. Elle en appela à la dignité en un discours d’une incroyable intensité dramatique. Cependant, moins d’une semaine après, elle séchait à nouveau une journée de cours et d’après une conversation entre deux garçons, entendue malgré moi dans la rue, la jeune fille en question aurait suivi l’un de leurs copains, lui accordant une petite faveur pour la somme de vingt euros …

Cette fois, nous touchions le fond ! Je ne sais que penser de cette conversation. Elle se place une fois encore dans un contexte où le sexe est le sujet principal des préoccupations de ces jeunes gens qui n’ont pas quinze ans. C’est un sexe accompagné de violence ou d’une dimension mercantile. Pire que tout, il apparaît que ces adolescents trouvent normal ce contexte délétère, graveleux, abject.

Nous ne pouvons rester insensibles à un tel cumul d’alertes. Elles s’inscrivent dans un groupe où les mots les plus salaces sont quotidiennement dans les bouches. La vulgarité est la norme, le respect de la femme une impossible exigence. Tout ceci se déroule aussi dans une société d’ adultes qui n’a jamais autant exposé le corps de la femme, qui ne l’a jamais autant marchandisé. Les images choquantes inondent nos écrans de télévision : les séries banalisent à l’excès les préoccupations sexuelles et la pornographie est à portée de ces jeunes regards, donnant aux rapports intimes une dimension bien loin de l’amour entre deux êtres.

Si ces adolescents ont des comportement aussi fracassés, la faute en revient principalement à cette surexposition du corps et du sexe de consommation. Bien sûr, Facebook est un support sans limite pour toutes ces dérives détestables : rien n’étant plus gardé secret !

Que les libertins de tous poils vivent comme ils l’entendent leurs perversions ou leurs fantaisies, mais que l’on cesse enfin d’étaler à longueur de journée, en tous lieux et en toutes occasions ,de tels comportements ou de telles images !Voyez les dégâts chez les plus fragiles et dites-vous bien que vos enfants aussi subissent ce matraquage !

Pudiquement vôtre.

Publicités

A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
Cet article a été publié dans Agissons l'internet, L'école en questions..., L'histoire en questions, Questions de société ?. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

6 commentaires pour Génération DSK

  1. Petite marrante dit :

    C’est la face noire de l’humanité que vous nous décrivez là ! Même pas quinze ans !!!!
    Je suis bien d’accord avec vous lorsque vous dites que « l’anarchie des comportements ne peut que bénéficier à ceux qui sont le mieux armés ». On voit ce que cela donne pour ceux qui n’ont pas de repères. Et pourquoi signez-vous pudiquement votre? Cela devrait être accablement votre, non?
    Bonne journée Cestnabum

    • cestnabum dit :

      Petite marrante

      C’est « leur » que j’aurais du écrire …

      Aujourd’hui je viens de subir l’accusation suprême : j’aurais touché les fesses d’une fille en EPS Normal dans un tel environnement L’envie me prend de tout arrêter

  2. damemiracle dit :

    C’est vraiment dommage, on fait de si belles choses avec le net, mais aussi des affreuses comme celles-ci, des jeunes se suicident pour de telles âneries… Très intéressant, bonne journée, Gigi 🙂

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s