Le plaisir n’est plus dans le détail.

Globalement pas analytique …

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J’ai laissé choir ma passion ovale à cause de cette incapacité que j’ai rencontrée chez beaucoup de joueurs, à aller au fond des choses, à parfaire le geste ou la connaissance de la règle, du code de jeu ou simplement de ce que doivent faire leurs partenaires. Pour ceux-là, la pratique sportive ne doit pas empiéter sur leurs loisirs, elle doit trouver une petite place simplement pour prétendre être sportif, pour participer à une compétition sans se donner les outils permettant d’y briller.

Pour la génération zaping, l’entraînement est une contrainte, un passage forcé qui détermine éventuellement la possibilité d’être dans le groupe pour le match. Il n’a d’intérêt que dans cette seule perspective ; subi plus que voulu, il passe vite à la trappe s’il n’y a pas de championnat le dimanche suivant. Le joueur arrive volontiers en retard, n’écoute que modérément les explications et ne demande qu’à jouer, surtout pas à travailler, à s’améliorer, à parfaire sa technique et les schémas collectifs.

Je pense qu’il n’y a pas lieu de s’en étonner. L’école a depuis longtemps abandonné le goût de l’effort, la nécessité du travail et l’utilité de la répétition. Les exercices qui ne sont pas notés sont désormais réalisés par-dessus la jambe ; la carotte est indispensable à l’âne qui refuse d’avancer. Ajoutons y le fait qu’on vient quand on veut, qu’il est de plus en plus rare de voir un élève rattraper une leçon ou un exercice manqués, qu’il a bien souvent un mot d’excuse signé de parents compatissants, quand il n’a pas pris le temps de faire un devoir …

Tout concourt à ce que l’effort soit devenu une valeur surannée. Chacun trouve prétexte à différer, à retarder une échéance, un délai. La procrastination est généralisée, les arguties se multiplient et gare à celui qui refuse de faire preuve de mansuétude : il passe pour un monstre qui ne comprend pas la jeunesse.

En agissant ainsi, les associations sont devenues, comme les écoles, du reste, les hôtels des courants d’air. On vient, on ne vient pas, sans en informer l’entraîneur, le moniteur ou bien le professeur. La systématisation de l’égoïsme fait que, bien souvent, ceux qui ont respecté leur engagement se trouvent contraints à l’inactivité par l’absence de ceux qui ont trouvé un bon prétexte pour ne pas venir.

Tout participe à la généralisation de cet état d’esprit : les absents ont toujours raison. Absents qui pourrissent la vie des rares idéalistes qui pensent encore que l’engagement a une quelconque valeur. Il faut s’y faire, ne plus espérer mener à bien une activité ,sauf à prévoir des défections à la pelle, quand arrivera la représentation, le match ou bien l’exposition.

Le refus de la sanction, l’anéantissement de l’esprit de compétition, la logique de la société des loisirs ont ainsi fait, de notre société, une machine à fabriquer de la médiocrité et de la frustration. Alors vous comprendrez mon désarroi quand, dans ma nouvelle activité, j’ai une fois encore été confronté à ce refus du travail, à la négation de cette nécessité de la répétition, au rejet du réglage millimétré.

Comme pour le Rugby, je rencontre des gens pour qui la répétition est une contrainte, le concert trop loin de leurs bases : une impossibilité, la nécessité de travailler personnellement et en dehors du groupe : un pensum superfétatoire. Tout pour le seul plaisir ou pour un petit bénéfice dérisoire ; rien pour le partage réel, l’envie de progresser et de toujours se perfectionner . Comme si, ce supplément d’âme que devraient être les efforts et le travail, était une corvée abominable !

Je ne devrait pas être surpris car à chaque fois, je déplore la tyrannie des dilettantes, l’obstruction des absents, le nivellement provoqué par ceux qui ne veulent pas s’améliorer, l’hypocrisie des excuses trop faciles. Il y a quelque chose à revoir dans notre manière de concevoir notre liberté au sein de la société. Cette volonté farouche de n’en faire qu’à son gré n’est pas compatible avec un engagement.

Quant à cette valeur obsolète ; « l’engagement », il serait grand temps que chacun comprenne la force de ce contrat moral qui lie un individu au groupe qu’il a choisi ou auquel il a été fédéré. Cela vaut pour le sport, la musique, les associations ou l’école comme pour bien d’autres activités humaines. Il y a un vrai chantier sociétal sans lequel notre pays va continuer de sombrer dans un individualisme mortel.

Collectivement leur.

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
Cet article a été publié dans L'école en questions..., Plumes de vies..., Questions de société ?. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Le plaisir n’est plus dans le détail.

  1. fatizo dit :

    D’ou vient cette absence d’envie de s’engager dans une aventure sur le long terme, de vouloir connaitre un sujet à fond?
    Peut-être que de nos jours on passe trop vite d’un sujet à un autre dans cette société de surconsommation, et que cela produit son effet aussi dans l’envie d’apprendre , de connaitre.
    Bon WE CNabum

    • cestnabum dit :

      Fatizo

      C’est l’expression même d’un monde où la zapette est l’outil indispensable
      Tout fonctionne désormais sur ce rythme du je prends, le jette, je reprends, je recommence.
      Que faire ? Subir les girouettes …

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