À trop charger la mule …

N’en jetez plus, la coupe est pleine !

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Je ne vous parlais plus de ma fameuse classe de quatrième. La justice étant passée par là, nous avons beaucoup travaillé avec les élèves pour leur faire comprendre la dimension de leurs actes et la nécessité de travailler un tant soit peu. Petit à petit, depuis ce début janvier délirant (sept gardes à vue sur quatorze élèves) les choses rentraient progressivement dans un ordre supportable, à défaut d’être acceptable.

C’était sans compter sur la logique administrative, le respect absurde d’une obligation de scolarité qui semble ne plus avoir de sens pour certains. Demain, à la demande d’une administration bien à l’abri dans ses murs si loin du terrain, nous allons recevoir trois nouveaux élèves ; l’inspection académique ayant horreur du vide !

Qu’importe la lettre des fédérations de parents d »élèves souhaitant un moratoire afin qu’élèves et enseignants disposent de temps pour reprendre pied ; qu’importe la fragilité de gamins qui demeurent vulnérables et bien abimés par trois années délicates ; qu’importe encore la santé des gens ayant à s’occuper au quotidien de cette classe : la logique administrative passe là où la raison trépasse !

L’équilibre fragile, les travaux entrepris, les projets qui commencent à poindre vont subir un cataclysme imbécile, un coup de poignard dans le dos donné par des gens qui n’ont sans doute que mépris et indifférence pour nous autres. Demain, trois nouveaux élèves vont remplacer les héros malheureux du drame précédent.

Les scénaristes académiques nous ont concocté une farce comme seuls des esprits retors et pervers auraient pu l’imaginer. Nos trois lascars, trois garçons pour satisfaire sans doute aux règles de la parité, sont de solides clients des instances disciplinaires. Ils arrivent tous trois après un conseil de discipline, le même jour, dans cette classe précisément.

Si ce n’était pas criminel, ce serait parfaitement imbécile ! Mais nous n’avons rien à dire, même pas à savoir le parcours de ces experts du désordre, du dysfonctionnement et de la mise en échec de l’institution. C’est par quelques indiscrétions, quelques regroupements ici ou là, que nous découvrons une petite partie de la face cachée de leur curriculum vitae.

Nous y trouvons des mesures judiciaires, des dossiers qui sont en attente de solutions de placement dans des structures tellement engorgées, que l’espoir de les y voir partir est vain .

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Nous comprenons encore que ces trois charmants élèves ont déjà épuisé trois ou quatre collèges chacun. Ce sont des vieux routiers de la dernière chance : ils savent parfaitement qu’elle n’existe pas et que, tant qu’ils n’auront pas seize ans, ils peuvent pourrir la vie des autres sans que rien de très sérieux ne leur arrive.

Ils vont arriver, auréolés de leurs magnifiques parcours, forts de la certitude, forgée au fil de leurs exploits, qu’ils détiennent le pouvoir de nuisance contre lequel, nous sommes totalement impuissants. Ils vont arriver sans matériel scolaire, comme des cheveux sur la soupe, désagrégeant tout ce qui a été entrepris.

Pire même, ils vont arriver juste la semaine où sera inspectée une jeune collègue qui n’a rien fait pour mériter cette monstruosité. Mais cela ne rentre pas en ligne de compte dans une administration dépassée par ses troupes, incapable d’assumer la réalité des incivilités, démunie pour inverser un phénomène qui ne cesse de prendre de l’ampleur et qu’on cache simplement par des consignes de réduction drastique des fameux conseils de discipline.

Pourtant, il y en a bien eu au moins trois dans trois autres établissements et c’est notre pauvre mule qu’on charge ainsi, elle qui ployait déjà sous un bât considérable ! Je devrais me taire ; je n’en peux plus de ces absurdités, de ces conditions de travail qui deviennent tout bonnement de « la souffrance au travail ». Mais surtout, silence dans les rangs : ceux qui sont en première ligne ont de tout temps été les sacrifiés.

Je craignais de n’avoir plus rien à vous narrer ; l’inspecteur d’académie ou ses services si diligents viennent à mon secours. Je dois les en remercier chaleureusement tout en leur exprimant une gratitude nécessairement profonde et naturellement respectueuse.

Hypocritement leur.

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
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3 commentaires pour À trop charger la mule …

  1. fatizo dit :

    C’est terrible de travailler dans de telles conditions;
    Enseigner devrait être une joie, une fierté, un honneur, et dans vos conditions cela devient un calvaire, une hantise, du harcèlement permanent .
    Il faut plus que du courage pour tenir dans de telles conditions.
    D’ailleurs peut-on réellement tenir sans y laisser des plumes plus ou moins légères?
    Bon courage CNabum, ainsi qu’à vos collègues.

    • cestnabum dit :

      Fatizo

      Nous apprenons à prendre ce qui vient, à laisser filer le temps, à nous préserver du mieux possible.
      Enseigner ? Non, mais cadrer un peu
      Enseigner ? Non, mais les occuper tranquillement

      C’est bien maigre mais c’est ainsi

  2. cestnabum dit :

    Message envoyée par la jeune collègue qui sera inspectée vendredi dans cet enfer :

    Merci… Je ne dors plus et me rends malade… Tout cela pour m’entendre probablement dire que je ne suis pas à la hauteur et que je ne remplis pas les critères…
    Alors, moi aussi, on me déplacera… mais pas aussi loin que souhaité…
    J’ai mal à l’école, depuis ce début de semaine plus encore qu’avant…

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