Instantanés d’une plage ordinaire – 1 –

Sur le sable …

 

Le grand peuple aoûtien s’est donné rendez-vous sur les côtes pour reprendre sa si chère posture horizontale, celle qui fait de nous un peuple qui se couche ! Des corps minces, grands, jeunes, blancs, halés, adipeux, secs, vieux, sculpturaux ou difformes s’étalent en tous sens. Point d’orientation commune, ici, toutes les obédiences s’expriment. Les uns à l’ombre d’un parasol, d’autres derrière une petit tente qui se déplie plus facilement qu’elle ne se plie et les plus ambitieux nourrissent leur futur mélanome …

J’observe ce monde surprenant, le stylo à la main. Cet étrange rituel des vacances n’est nullement une pratique cultuelle. Sans grand prêtre de la liturgie sablière, il y a bien des manières de se dorer la pilule tout en tuant le temps. Il faut en faire le moins possible, c’est tout l’art de la chose. Dans le ciel pourtant, un avion passe, traînant une banderole qui nous rappelle à notre devoir consumériste.

Un groupe de jeunes adolescents, vraisemblablement une colonie de vacances, fait un peu tâche dans cet ensemble si homogène. Ils passent à proximité de moi. Soudain surgit un joli juron, une réplique sans appel. Le quolibet à des rimes en ouille, j’en avais oublié, depuis plus d’un mois l’existence. C’est une manière discrète de m’indiquer que les vacances n’ont qu’un temps …

Tout près, une charmante petite fille de tout juste un an joue les starlettes. Elle ne craint ni l’eau ni les vagues. Elle avance confiante, tenant les mains d’un grand gaillard qui la couve des yeux. Cet homme est vraisemblablement son grand-père. De nombreux regards convergent vers ce duo attendrissant, beaucoup de femmes surtout sourient à ce tableau si fugace.

Plus loin, des bâtisseurs fous ou bien de mauvais coucheurs ont dressé une muraille de sable pour se protéger de la montée des eaux à moins que ce ne soient de leurs voisins. Dans un cas, leur effort sera vain, la mer se joue de ces monticules dérisoires. Dans l’autre, rien n’empêche un estivant de se coucher là où il en a le désir. L’espace vital est toujours remis en cause sur le sable …

À quelques pas, un grand groupe détonne par ses comportements et ses vêtements chamarrés et improbables en ce lieu. Sans vouloir les stigmatiser, il est impossible de les confondre avec des touristes ordinaires. Ce sont des gens du voyage qui ont installé un campement provisoire sur le sable : un grand tapis central délimite le cœur de leur rassemblement. Tout autour, des chaises, des serviettes, des draps. Ils ont beau se baigner, s’amuser, rire et discuter comme tout un chacun, ils se distinguent de tous les autres. Étrange distinction que je ne puis m’empêcher de remarquer !

Au sol, parfaitement immobiles, les stakhanovistes du bronzage réclament leur content de rayons ardents. Ils sont figés ainsi, des heures sans doute dans l’espoir insensé de leur prochain mélanome. Ils dorment et plus sûrement font semblant de dormir pour expliquer cette folie pure qui leur donnera un temps, un corps merveilleusement cuivré. D’autres ont besoin de s’occuper l’esprit. Ils lisent une revue ou un livre. Juste à côté, l’un de ces idolâtres de Râ, tient à bout de bras, juste au dessus de sa tête, son roman de l’été dans une posture aussi ridicule qu’inconfortable.

Ici et là, des tenants de la modernité ne quittent pas leur indispensable téléphone portable. Les uns sont dans d’interminables conversations qu’ils partagent généreusement avec des voisins excédés. Les autres pianotent sur l’écran de leur bijou technologique. Certains prennent une photographie qu’ils s’empressent de partager avec des amis lointains. Tous ont un besoin impérieux de ne pas couper le cordon ombilical avec la vie réelle. Leurs forfaits sont bien plus illimités que leurs vacances, le savent-ils vraiment ?

Sur le sable, ceux-là goutent, boivent, fument, tiennent leur chien en laisse ou leurs enfants sous contrôle. D’autres se badigeonnent consciencieusement attendant sans doute une mer d’huile pour s’y diluer enfin. Quelques-uns se contorsionnent, qui pour remettre une tenue civile, qui pour enfiler une combinaison et des palmes. Rares sont ceux qui bougent autour d’un ballon ou de quelques raquettes, la place manque en ce lieu de grande concentration humaine.

Le bruit des rouleaux couvre le brouhaha de la foule. Je me souviens de ces années où nous étions abrutis de la musique amplifiée de gros postes insupportables traînés par des adolescents en bande. Cette mode a heureusement disparu. Pour les décibels, nous avons désormais la folie des jets-skis. Un ronronnement permanent, la marque de la puissance et pour moi de la plus totale bêtise.

Tout ce monde semble venir, malgré toutes les différences, d’un corps social assez homogène. Les vacances sont désormais un luxe. La classe moyenne ou ce qu’il en reste se retrouve ici pour célébrer, un été encore, son petit confort. Elle attend, espérant que la rentrée ne sonnera pas le glas de sa relative aisance. D’autres n’ont pas cette chance !

Il y a tant encore à observer en cet étrange microcosme. Demain je reviendrai avec mon calepin pour croquer d’autres comportements, d’autres manières de ne rien faire. Je vous souhaite une belle journée. En attendant, reposez-vous bien et profitez des vacances si vous avez cette chance !

Horizontalement vôtre.

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A propos cestnabum

Bonimenteur de Loire
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